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Voyage en Birmanie, controverse... y aller ou pas ?

       

Faut-il aller ou non en Birmanie? Voici quelques éléments de débat relevés sur des sites Internet:

    Extrait du site perso de Frédéric Guillet "Un périple en Birmanie":

Faut-il aller visiter la Birmanie qui est un pays merveilleux avec des richesses immenses et des habitants d'une très grande bonté ou faut-il boycotter sa dictature militaire forte et peu regardante des droits de l'homme ?

Premier aspect des choses, la junte militaire:

Nous avons d'un côté une junte militaire qui supervise un système corrompu de fonctionnaires, l'ombre d'un dictateur qui est encore très présente (Ne Win). Le pays n'est pas unifié et de nombreuses ethnies défendent farouchement leur terres au prix de nombreuses vies humaines. L'armée exerce des pressions énormes sur certaines populations, les forçant à s'exiler (problèmes à la frontière thaïlandaise) ou en les mettant dans des getthos, à leur merci (cas des femmes-girafes au sud du Lac Inle).

Il faut savoir que les zones frontalières (avec la Thaïlande), ainsi que le nord du pays (Triangle d'Or) sont des zones de guerilla importantes (et interdites aux touristes). Il faut savoir aussi que la région nord, et donc la culture du pavot assure de confortables rentrées d'argent pour la junte militaire au pouvoir et les militaires (officiellement opposés) ne manifestent que peu d'intérêt pour la poursuite des trafiquants.

Les revenus du gouvernement viennent donc surtout de la culture dans le Triangle d'Or, des rubis et saphirs de Mogok (tout passe par des mines et des magasins d'états). La Birmanie est aussi devenue un atelier pour les souvenirs touristiques de la Thaïlande voisine, une voie d'écoulement des produits très bas de gamme chinois (La Chine a les yeux rivés sur ce petit pays qui lui permettrait un accès à la mer dans le Golfe du Bengale - Une autoroute existe déjà en Chine et s'arrête à la frontière birmane). Enfin je pense que les revenus occasionnés par les multinationales sont moins importants (il n'y en a pas beaucoup) et encore moins par le tourisme (qui est encore loin du tourisme de masse).

Dernier point, la junte au pouvoir a tendance à tuer dans l'œuf toutes les velléités de changements malgré les pressions internationales. L'exemple le plus connu est celui d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, qui est retenue "prisonnière" dans son pays et qui est régulièrement brimée par les officiels birmans.

Deuxième aspect, le rôle des touristes:

Quel est le rôle des touristes qui vont en Birmanie ? Tout d'abord, il ne faut pas se voiler la face et savoir comment fonctionne ce pays. Il est ensuite possible de faire des choix et éviter de donner des devises à ce gouvernement au maximum. Tous les guides et les récits de voyageurs le dise, les moyens sont simples :

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Aller dans les hôtels privés (il y en a de plus en plus et l'argent ne va pas à l'Etat).

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Ne pas utiliser les compagnies gouvernementales (MTT) et préférer les bus privés qui sont de plus en plus nombreux. Il en est de même pour les vols intérieurs (mais pas pour les trains).

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Pour la visite des sites, dire qu'on n'est pas intéressé par les tickets (l'entrée sera moins chère et l'argent que vous aurez payé ira dans les poches du pauvre gars du guichet et non dans celles du gouvernement). D'ailleurs, à ce sujet, il faut savoir que les droits d'entrée ne sont pas là pour participer à l'entretien de ceux-ci mais bien au gouvernement…

Bien sûr, tous ces moyens ne permettent que d'éviter au maximum de donner des devises au gouvernement. Il tirera toujours bénéfice du tourisme.

Boycotter la Birmanie n'est à mon avis pas le meilleur service qu'on puisse lui rendre. C'est se boucher les yeux et condamner ce pays à rester dans cette réserve dont seul le gouvernement profite.

Le tourisme apporte beaucoup de choses aux Birmans. Pour beaucoup, c'est le seul contact qu'ils auront avec l'étranger (les birmans n'ont pas le droit de sortir de leur pays…). Ce contact est profitable car le touriste leur amène de l'argent, il leur amène des informations, il leur amène la TV par satellite (dans la réception de beaucoup d'hôtels, les birmans regardent CNN ou BBC World), il peut aussi amener des livres (denrée très rare et très surveillée). Le touriste est aussi le meilleur moyen de parler de la Birmanie à l'extérieur de ce pays : il repart avec des images, des impressions…

Et puis il y a des gens qui apportent aux birmans. Ainsi des écoles de français vont s'ouvrir (à Mandalay), ce qui va permettre aux gens d'apprendre à gérer le tourisme dans leur vie de tous les jours. Les birmans sont des gens pleins de bonne volonté (certains chauffeurs de taxis apprennent l'anglais sur des cassettes dans leur voiture, un moine de la Mahamuni a appris le français seul dans des dictionnaires français-anglais). Ne plus aller en Birmanie revient donc à tuer dans l'œuf cet effort des birmans. Que deviendraient ces gens sans le tourismes : ils retourneraient à leur pauvreté et resteraient à la merci de la propagande du gouvernement.

       

    Extrait du site du Guide du Routard:

Rappelons que Aung San Suu Kyi (chef de file de l'opposition birmane et prix Nobel de la paix) a appelé au boycott du tourisme dans son pays. D'un point de vue économique, ce boycott peut effectivement affaiblir le régime militaire et nous respectons totalement ce point de vue. Nous pouvons aussi penser qu'il est important de pouvoir témoigner de la situation dans le pays, de sensibiliser l'opinion publique internationale à ce sujet et de délivrer des messages d'amitié à tous les Birmans rencontrés. En outre, si une partie de l'argent que vous dépenserez sur place ira quelquefois dans les caisses du gouvernement (c'est inévitable car l'État a des intérêts partout), la plupart de vos dépenses profiteront directement aux gens du peuple : les cafés, les petits restos, les pensions familiales, les commerces populaires, les artisans, les taxis, les guides indépendants, les compagnies de bus privées.

Boycott ou non du tourisme au Myanmar ? La question mérite en tout cas d'être posée et nous vous laissons choisir en votre  âme et conscience.

– Un conseil : si vous décidez de vous rendre dans le pays, tâchez au moins de boycotter les hôtels et organismes de classe internationale, véritables pompes à devises qui ne profitent qu'à quelques nantis, proches du pouvoir, et les organismes touristiques d'État (agences, compagnies, hôtels, etc.), qui pratiquent des tarifs exorbitants pour le pays et dont les revenus servent directement à renflouer la dictature sans que les habitants en profitent. Mais n'oubliez pas que pour des raisons à la fois financières et morales, s'il y a vraiment un pays où il faut voyager “ en routard ”, c'est bien le Myanmar. Dès votre arrivée vous serez subjugué (surtout à Bagan) par cette civilisation de l'être plutôt que de l'avoir, par son rythme lent, et cette douceur incomparable.

       

    Extrait d'une lettre de voyageur sur le Forum de Lonely Planet

J'ai passé 15 jours en Birmanie en Novembre dernier. Un vrai coup de cœur! J'ai beaucoup bougé en Asie et ma préférence va à l'Inde et la Birmanie ex æquo!

Qu'en est-il des conditions difficiles et des problèmes politiques? Il faut bien dire qu'en tant que touriste, nous ne sommes guère confrontés à ces problèmes. Tout pourrait être pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais avec un peu d'attention, on voit très vite que problèmes il y a! Vision d'un autre temps: des prisonniers enchaînés qui travaillent sur le bord des routes… La population angoissée d'un petit village qui, par l'intermédiaire du chauffeur, te dit qu'il faut tout de suite remonter dans ta voiture et partir car tu es dans une zone interdite (en l'occurrence près d'une prison). Des gens qui, lorsqu'ils sont en confiance, t'expliquent qu'ils vivent mal, très mal
Que pensent-ils du tourisme? Les birmans que j'ai rencontrés en sont heureux… lorsqu'il s'agit de tourisme individuel. Nous ramenons des devises que nous sommes prêts à dépenser dans des entreprises privées. Le tourisme de groupe a tendance à utiliser les structures étatiques, ce qui, pour les birmans, n'a aucune retombée positive, au contraire puisque le gouvernement y trouve son financement. Ils souhaiteraient donc que les touristes individuels soient plus nombreux, et le tourisme de groupe plus "éclairé".

Il y a en Birmanie une réelle profondeur, un attachement tranquille à une forte identité. En dépit des difficultés, on y respire la sérénité. On peut y toucher du doigt, plus qu'ailleurs, l'essence du bouddhisme. On peut y découvrir - pour combien de temps ? - un artisanat encore authentique sans trop de concessions aux goûts occidentaux. Et tout cela relève d'un atroce paradoxe! Ce gouvernement, tant décrié, avec raison, est précisément la structure qui jusque là a été garante de cette identité: l'autarcie, la dictature ont amené les gens plus que jamais à se rassembler autour de leurs valeurs. Cela justifie-t-il la dictature? A l'évidence, non! Mais lorsque l'ouverture sera enfin réalisée, que se passera-t-il? Le tourisme de masse et ses fléaux submergeront le pays, comme un cyclone, comme c'est déjà arrivé tout près, et il ne restera plus que rien, que des vestiges, de l'exotisme à quatre sous... Les birmans ont envie de tout ce que l'ouverture au monde peut leur apporter. Et c'est normal! Ils risquent d'y perdre leur âme? Il faut bien qu'ils s'y risquent! On m'a dit récemment que les touristes de mon genre rêvent de réserves ethnologiques, pour peuples en voie de disparition. Quelle horreur! Je crois simplement que certains rêvent d'une troisième voie, d'un mariage harmonieux, d'une vraie rencontre entre les cultures. Au-delà de l'émerveillement, ce voyage m'a, plus qu'un autre, amenée à me poser des questions qui restent sans réponse…

Valy - Forum Asie Lonely Planet (février 2000)

Les photos de cette page sont extraites du site de Frédéric Guillet "Un périple en Birmanie"cité ci-dessus